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Découverte de l'objet langue et de son organisation

À l'oral comme à l'écrit, la maitrise d'une langue débute donc par des activités langagières diverses et variées. On peut ensuite aller au-delà et s'interroger sur le "comment ça marche". Pour aborder cette question, à l'écrit tout spécialement, on peut distinguer quelques grands principes plus ou moins accessibles. Les entrées dans l'écrit sont multiples et plutôt concomitantes que successives. Une même situation peut faire l'objet d'analyses relevant de plans différents. Le même enfant peut ainsi découvrir et expérimenter chacune de ces entrées, apprenant du même coup à conjuguer différents types de connaissances jusqu'à en faire, plus tard, une compétence coordonnée et hiérarchisée. Nous en distinguerons cinq qui représentent autant d'entrées possibles dans la langue écrite et orale.

Trace écrite

Les jeunes enfants peuvent d'abord percevoir la dimension iconique des tracés graphiques. Comme l'image, et à la différence de la parole, l'écrit est stable et toute trace écrite peut être transformée, reconstruite, effacée, sans être pour autant aléatoire. La page écrite, qu'elle soit manuscrite ou imprimée, obéit à des principes d'organisation (direction de l'écriture, agencement de haut en bas, etc.) dont les enfants peuvent très tôt faire l'expérience. Ils prennent du même coup une première mesure visuelle des différences entre la parole et l'écriture.

Signification

L'écriture véhicule par ailleurs, on l'a vu, un message, une signification. Les enfants sont très tôt sensibles à cette dimension de l'écriture dans la mesure où, dès leur plus jeune âge, ils ont appris à associer des objets, des concepts, des faits, et des éléments sonores. Ils vont pouvoir faire des découvertes du même ordre avec l'écrit.

Cette entrée par le sens regroupe l'ensemble des tentatives d'interprétation portant sur des tracés graphiques, des moins conventionnels aux plus normés. Ainsi, il n'est pas rare de voir de jeunes enfants "lire" des suites de lettres dépourvues de toute convention orthographique. On connait aussi l'attachement de l'école maternelle à l'écriture du prénom. A priori, de telles activités pourraient sembler gratuites si elles n'exprimaient un des aspects majeurs de cet apprentissage : on écrit toujours pour dire quelque chose.

Segmentation phonique

Cette quête du sens linguistique ne peut faire longtemps l'économie d'un apprentissage plus formel. Les élèves de l'école maternelle disposent de compétences orales et il est donc naturel qu'ils s'en servent pour entrer dans l'écrit. Avec cette entrée par le son, ils vont cette fois repérer progressivement ce que la langue a de plus élémentaire  dans son expression sonore : sa structure, syllabique pour l'essentiel, car les phonèmes ne seront abordés que plus tard. Il n'est pas question ici d'apprentissage systématique mais de la découverte, de quelques-uns des segments les plus accessibles qui composent la face sonore de la langue. On veillera à faire découvrir la position respective des segments phoniques et surtout leurs capacités à se combiner entre eux pour fabriquer des mots. Cette découverte peut prendre la forme de jeux analogiques, en associant des unités semblables (syllabes, rimes, allitérations, homophones) mais ces activités doivent avoir un caractère organisé et leurs objectifs doivent être clairement explicites.

De la logographie à la phonographie

L'entrée par la graphie est évidemment complémentaire des deux précédentes auxquelles elle ajoute la permanence et la stabilité d'une trace. L'écriture du prénom, déjà mentionnée, est l'occasion d'une première association stable entre une suite de lettres et un sens. Mais ce principe peut tout à fait être généralisé, dans une certaine mesure au moins avec la production de mots familiers ("bonjour", "papa", "maman", etc.). C'est ce que les spécialistes appellent "logographie".

Mais l'écrit note également la phonie de la langue. C'est tout spécialement vrai dans la tradition alphabétique puisque les lettres de l'alphabet ont le plus souvent des correspondances sonores. En les découvrant, les enfants vont pouvoir se faire une idée encore plus précise du fonctionnement de l'écrit. Cette phonographie, et le nombre minimal d'éléments qu'elle implique, permet en effet une économie plus grande que celle de la logographie.

Approche grammaticale

Pour un élève qui ne sait pas encore lire, il est important d'acquérir une conscience implicite du rôle joué par les informations grammaticales dans la compréhension des phrases. Il ne s'agit pas, bien sûr, qu'un élève de 4 ou 5 ans puisse nommer les catégories grammaticales, mais il est tout à fait possible, en lui faisant manipuler des phrases, de lui faire comprendre que tel groupe de mots indique qui fait l'action, que tel autre évoque qui la subit, qu'un autre encore permet de savoir où l'action se passe... À l'aide de questions, de permutations, ou bien encore en proposant des phrases incongrues, on développera cette curiosité grammaticale qui est essentielle pour acquérir une véritable maîtrise du langage.

La découverte de l'écrit peut donc se faire par des entrées relativement distinctes. Le détail des mots, des sons, des graphies et des structures grammaticales n'a pas vraiment d'importance en lui-même. Ce qui importe surtout c'est d'aider les enfants à se faire une idée générale du fonctionnement de la langue, en conjuguant aspects sémantiques, sonores et graphiques. Ces principes de base de la langue sont plus importants que les mécanismes eux-mêmes. Ce sont en effet ces idées générales qui ont les meilleures chances d'aider les enfants à maitriser ensuite des fonctionnements plus fins de la langue écrite. À l'école maternelle, il importe de lier l'action et la réflexion en veillant à ce que ce soient les intentions pédagogiques qui définissent les activités et non pas le contraire. Cette sage précaution permettrait d'éviter le risque d'éparpillement et donnera une véritable cohésion à la pédagogie de l'école maternelle.

CHAPITRE II, Les objectifs
Extrait de la page 21 à 25.
Extrait : Découverte de l'objet langue et de son organisation

Découverte de l'objet langue et de son organisation
À l'oral comme à l'écrit, la maitrise d'une langue débute donc par des activités langagières diverses et variées. On peut ensuite aller au-delà et s'interroger sur le "comment ça marche". Pour aborder cette question, à l'écrit tout spécialement, on peut distinguer quelques grands principes plus ou moins accessibles. Les entrées dans l'écrit sont multiples et plutôt concomitantes que successives. Une même situation peut faire l'objet d'analyses relevant de plans différents. Le même enfant peut ainsi découvrir et expérimenter chacune de ces entrées, apprenant du même coup à conjuguer différents types de connaissances jusqu'à en faire, plus tard, une compétence coordonnée et hiérarchisée. Nous en distinguerons cinq qui représentent autant d'entrées possibles dans la langue écrite et orale.

Trace écrite
Les jeunes enfants peuvent d'abord percevoir la dimension iconique des tracés graphiques. Comme l'image, et à la différence de la parole, l'écrit est stable et toute trace écrite peut être transformée, reconstruite, effacée, sans être pour autant aléatoire. La page écrite, qu'elle soit manuscrite ou imprimée, obéit à des principes d'organisation (direction de l'écriture, agencement de haut en bas, etc.) dont les enfants peuvent très tôt faire l'expérience. Ils prennent du même coup une première mesure visuelle des différences entre la parole et l'écriture.

Signification
L'écriture véhicule par ailleurs, on l'a vu, un message, une signification. Les enfants sont très tôt sensibles à cette dimension de l'écriture dans la mesure où, dès leur plus jeune âge, ils ont appris à associer des objets, des concepts, des faits, et des éléments sonores. Ils vont pouvoir faire des découvertes du même ordre avec l'écrit.

Cette entrée par le sens regroupe l'ensemble des tentatives d'interprétation portant sur des tracés graphiques, des moins conventionnels aux plus normés. Ainsi, il n'est pas rare de voir de jeunes enfants "lire" des suites de lettres dépourvues de toute convention orthographique. On connait aussi l'attachement de l'école maternelle à l'écriture du prénom. A priori, de telles activités pourraient sembler gratuites si elles n'exprimaient un des aspects majeurs de cet apprentissage : on écrit toujours pour dire quelque chose.

Segmentation phonique
Cette quête du sens linguistique ne peut faire longtemps l'économie d'un apprentissage plus formel. Les élèves de l'école maternelle disposent de compétences orales et il est donc naturel qu'ils s'en servent pour entrer dans l'écrit. Avec cette entrée par le son, ils vont cette fois repérer progressivement ce que la langue a de plus élémentaire  dans son expression sonore : sa structure, syllabique pour l'essentiel, car les phonèmes ne seront abordés que plus tard. Il n'est pas question ici d'apprentissage systématique mais de la découverte, de quelques-uns des segments les plus accessibles qui composent la face sonore de la langue. On veillera à faire découvrir la position respective des segments phoniques et surtout leurs capacités à se combiner entre eux pour fabriquer des mots. Cette découverte peut prendre la forme de jeux analogiques, en associant des unités semblables (syllabes, rimes, allitérations, homophones) mais ces activités doivent avoir un caractère organisé et leurs objectifs doivent être clairement explicites.

De la logographie à la phonographie
L'entrée par la graphie est évidemment complémentaire des deux précédentes auxquelles elle ajoute la permanence et la stabilité d'une trace. L'écriture du prénom, déjà mentionnée, est l'occasion d'une première association stable entre une suite de lettres et un sens. Mais ce principe peut tout à fait être généralisé, dans une certaine mesure au moins avec la production de mots familiers ("bonjour", "papa", "maman", etc.). C'est ce que les spécialistes appellent "logographie".

Mais l'écrit note également la phonie de la langue. C'est tout spécialement vrai dans la tradition alphabétique puisque les lettres de l'alphabet ont le plus souvent des correspondances sonores. En les découvrant, les enfants vont pouvoir se faire une idée encore plus précise du fonctionnement de l'écrit. Cette phonographie, et le nombre minimal d'éléments qu'elle implique, permet en effet une économie plus grande que celle de la logographie.

Approche grammaticale
Pour un élève qui ne sait pas encore lire, il est important d'acquérir une conscience implicite du rôle joué par les informations grammaticales dans la compréhension des phrases. Il ne s'agit pas, bien sûr, qu'un élève de 4 ou 5 ans puisse nommer les catégories grammaticales, mais il est tout à fait possible, en lui faisant manipuler des phrases, de lui faire comprendre que tel groupe de mots indique qui fait l'action, que tel autre évoque qui la subit, qu'un autre encore permet de savoir où l'action se passe... À l'aide de questions, de permutations, ou bien encore en proposant des phrases incongrues, on développera cette curiosité grammaticale qui est essentielle pour acquérir une véritable maîtrise du langage.

La découverte de l'écrit peut donc se faire par des entrées relativement distinctes. Le détail des mots, des sons, des graphies et des structures grammaticales n'a pas vraiment d'importance en lui-même. Ce qui importe surtout c'est d'aider les enfants à se faire une idée générale du fonctionnement de la langue, en conjuguant aspects sémantiques, sonores et graphiques. Ces principes de base de la langue sont plus importants que les mécanismes eux-mêmes. Ce sont en effet ces idées générales qui ont les meilleures chances d'aider les enfants à maitriser ensuite des fonctionnements plus fins de la langue écrite. À l'école maternelle, il importe de lier l'action et la réflexion en veillant à ce que ce soient les intentions pédagogiques qui définissent les activités et non pas le contraire. Cette sage précaution permettrait d'éviter le risque d'éparpillement et donnera une véritable cohésion à la pédagogie de l'école maternelle.

Last modified 2005-09-19 11:00