Quelles mises en oeuvres ? Quelques propositions aux Cycles 2 et 3

À partir de cette question, les élèves pourront identifier quelques critères :

- Les illustrations : le style graphique, la présence d'éléments cartographiques, le jeu des couleurs.
- Les thèmes, dégagés à partir de résumés successifs faits par les élèves (mots souvent utilisés comme : voyage, pays, contes…). On pourra procéder à un tableau récapitulatif des différences et des ressemblances entre les trois albums.
- Les personnages : enfants héros / parents peu valorisés.
- L'espace temps : on invitera les élèves à relever et interpréter les jeux de Peter Sís sur l'espace temps (distorsion, rapport du réel vraisemblable à l'imaginaire…)

Pour l’album Un rhinocéros Arc-en-ciel, (trad. R. Anderson, Grasset, 1995) l’identification sera plus difficile car tous les critères ne sont pas présents.Les élèves devront faire appel aux thèmes et au style de l'illustration. Ce faisant, cet album entre en résonance avec les albums de Peter Sís destinés aux lecteurs du cycle 3

Une chose nous paraît sûre : dans tous ces albums, ce n'est pas l’écriture qui joue gagnant. A la question que lui posait Henriette Zoughebi : " Quelle place accordez-vous à l'écriture dans les ouvrages où vous êtes à la fois l'auteur et l'illustrateur ? ", Peter Sís répondait : " En réalité je ne pense pas que je sache écrire ou qu'il est bon que je le fasse… J'ai tendance à être " lyrique " en tchèque, je peux exprimer toutes sortes de sentiments. Cela m'est impossible en anglais . C'est peut-être mieux ainsi, je laisse la transmission des sentiments à l'image, contraint que je suis à une verbalisation élémentaire ". Le contenu narratif déborde donc le résumé en quelques phrases auquel la fable semblerait se réduire. " Dans Les trois clés d'or de Prague , j'ai pu me servir du texte, placé en face de l'image, pour indiquer sommairement une interprétation possible de l'image " ajoutait-il. Prenons ces déclarations à la lettre et jouons le jeu. Si les images sont souvent énigmatiques, interrogeons-les comme une énigme à résoudre, et plaçons les jeunes lecteurs - seuls ou en petits groupes selon les habitudes de la classe - en situation de relever tout ce qu'ils repèrent (du détail à l'ensemble), toutes les questions aussi qu'ils se posent - ils ont autant à dire sur ces images que les lecteurs confirmés. À partir des interrogations fondamentales : " Qu'est-ce qui est donné à voir ? Qu'est-ce qui est donné à comprendre ? " demandons-leur de noter par écrit leurs trouvailles, leurs surprises, leurs hésitations, leurs hypothèses.D'un album à l'autre, les détails aussi infimes soient-ils (comme ces poinçons, ces roses des vents, coupes de navires, astrolabes, boussoles… qui estampillent les tableaux), jouent de l'effet de décalage et d'élargissement. Ils sont des clins d'½il, mais aussi des repères, des signes de reconnaissance. Autant de petits cailloux blancs qui jalonnent les parcours, aident à approcher l'essentiel, c'est à dire l'idée que cette ½uvre est création continue et non juxtaposition d'histoires discontinues.


Il faudrait pouvoir extraire des albums ces cartes, plans, panoramas…, les présenter côte à côte pour les questionner en continu, les afficher en classe ou à la BCD, les mettre en relation avec, d'une part, les instruments d'une investigation du ciel et de la terre, d'autre part, les documents inventés ou réinventés par Peter Sís (journal de bord de Colomb et carnet de Jan Welzl, avec la liste du matériel emporté, son passeport, les plans du campement...) pour apprécier le travail de documentation et de création, la mise en scène de la persuasion : comment le lecteur est-il poussé à croire à la véracité des histoires racontées ?

     -  repérer ses sources :

Il faudrait pouvoir exposer en vis à vis de la même façon les tableaux et documents dont s'inspire Peter Sís et ses recréations (Arcimboldo, mais aussi une photo de l'Horloge de Prague, des portulans….) ; le Pieter Brueghel l’ancien publié par Archimède (l’école des Loisirs) a l'avantage, grâce à son grand format, de redonner de l'espace au tableau « Jeux d’enfants » (1560) cité dans Le messager des étoiles.

En donnant du temps à la lecture et à l'écriture dans l'emploi du temps de la classe, les nouveaux programmes offrent l'occasion d'explorer l'univers d'un auteur, c'est à dire tout à la fois de s'intéresser de près à des unités et d'arpenter largement des ensembles.


La justification d'un carnet personnel où chaque lecteur consigne ses impressions, note ce qu'il retient, recopie les passages qui, à ses yeux, méritent d'être retenus, colle des fragments, reproduit des dessins…, on ne peut mieux la trouver que dans un ensemble comme celui des albums de Peter Sís, où les cohérences, mais aussi les évolutions, tracent des diagonales fortes. L'écriture personnelle, la reformulation, la paraphrase, le commentaire prolongent la lecture. Ainsi, les légendes pragoises, avec leurs vignettes simples, offrent des exemples à imiter pour raconter d'autres histoires.

Une continuité peut être assurée du cycle 2 au cycle 3 et une programmation au sein de l'école peut prévoir, au cycle 3, un travail des autres albums de Peter Sís en relation avec les apprentissages disciplinaires. Par exemple Christophe Colomb : histoire, Galilée : sciences, Les trois clés d'or de Prague : littérature. Se reportant alors à ses écrits de cycle 2, le lecteur les complétera en fonction de ses nouvelles lectures et du travail fait sur la constellation.